CATALOGUE

L’AUTEL D’ANVERS

Comment gérer les pertes à Anvers ? L’Autel d’Anvers est une installation interactive qui grandit chaque année. Il s’inspire de la relation entre la vie et la mort dans la culture précolombienne d’Amérique du Sud et est célébré au MAS, depuis 2012, en l’honneur du Dia de Muertos. Les visiteurs de L’Autel d’Anvers peuvent y commémorer certaines personnes. Nos souvenirs demeurent à jamais. Nous pouvons nous connecter à notre passé.

Tout comme la vie, l’Autel est polygonal et différent d’année en année ; une composition riche en couleurs, reconstituée chaque année par un autre artiste qui lui donne une nouvelle couche de sens. Installer l’Autel dans un musée est un véritable défi car comment peut-on garder ce qui ne peut être conservé ? 

Contrairement à l’Autel d’Anvers, un autel traditionnel mexicain a été érigé, depuis 2013, par une organisation désignée par l’ambassade du Mexique. Depuis 2017, l’Autel d’Anvers appartient à la collection du MAS. Il a aussi été inscrit comme ‘ambassadeur’ dans le registre des bonnes pratiques de sauvegarde du patrimoine immatériel en Flandre.

MAP – Mestizo Arts Platform

Anvers rassemble plus de 170 nationalités. Mestizo Arts Platform est un collectif d’artistes d’origines culturelles différentes et tous vivent en Europe. Leur coopération aboutit sur une richesse inestimable d’histoires et de capital culturel. Ils mêlent traditions, esthétique et visions dans une entité culturelle plus large et enrichissent la culture dominante avec de nouvelles perspectives et informations. Ils contribuent à l’avenir et créent un patrimoine culturel unique et riche pour nous tous.

Le MAS

Le MAS est un musée qui connecte les gens de tous horizons. Les collections du musée proviennent de mondes de pensée et de vie différents. La grande variété d’objets dont les origines proviennent de diverses collections est le point de départ du flux d’histoires racontées dans le musée. 

Le mode opératoire 

MAP, initiateur et curateur de l’Altaar van Antwerpen, demande chaque année à un ou plusieurs artistes d’ajouter une nouvelle couche à la structure polyvalente. Les visiteurs peuvent apporter leur contribution par le biais d’ateliers ou d’actions. Ainsi, l’Altaar continue de grandir et devient un musée vivant de valeur collective.

En bas, vous trouvez plus d’informations sur l’Altaar par édition.

2011: L'autel intuitif

Dans plusieurs pays d’Amérique Latine, les morts sont honorés lors du Dia de Muertos. L’autel de leurs familles est une porte qui permet aux morts de retourner aux vivants.
En 2011, la Belgo-Mexicaine Patricia López présentait son exposition « Las Cajas » (‘Les Boîtes’) au Mestizo Arts Festival. Dans le salon de l’Arenberg où se déroulait l’exposition, Mestizo Arts Platform mettait en place le premier Altaar van Antwerpen ; un ensemble intuitif d’éléments de diverses cultures latino-américaines. Après le festival, Mestizo Arts Platform décida de transformer l’autel en une installation annuelle de croissance et de changement, comme symbole d’une Anvers en mouvement. Le personnage de Gauchito Gil, mythique héros folklorique argentin du XIXe siècle, figurait déjà dans cette première version de l’Altaar van Antwerpen.

° Portrait couleur de Gauchito Gil. Image imprimée et laminée, décorée de rubans de couleur. 20 x 30 cm.

2012: Catrina a 100 ans

L’Altaar apparaît pour la première fois au MAS en 2012. La Belgo-Mexicaine Patricia López ajoute la première couche de sens. L’article ‘los’ est ajouté au Día de Muertos pour construire le pont vers le ‘Jour des Morts’ à Anvers. Dans la première partie de son diptyque (2012-’13), Patricia développe un atelier auquel participent 6 personnes : Elizabeth Carrazco, Luisa Bernal, Ken Bergers, Rocio Del Moral, Jasper Jeensma et Gaby van den Abeele. Ces dernières s’inspirent de l’œuvre d’art La Catrina de José Guadalupe Posadas – qui célébrait ses cent ans, précisément en 2012. Les participants ont façonné et décoré la Catrina, chacun à leur façon.

° Six Catrina de papier mâché, peintes et décorées de châles et de voiles. Chacune possède une cavité en son centre pour préserver les reliques des proches décédés. Les Catrina mesurent entre 91 et 126 cm de haut.

2013 : Les crânes mexicains

Patricia Lopez s’attaque à la deuxième partie de son diptyque en 2013. Elle fabrique des crânes mexicains que chacun des participants à l’atelier adapte à sa guise : Barbara Bervoets, Luisa Bernal, Joana Rossi, Rocío del Moral, Marina Leal, Jessica van Wellen, Ken Bergers et Gaby van den Abeele.
C’est la première fois que l’autel contemporain vient à la rencontre d’un autel mexicain traditionnel. Ce principe fut imaginé par Martha Carmona, vice-présidente du Musée national d’Anthropologie de Mexico. Martha donne également une conférence sur : la Fiesta de Muertos.

° Huit crânes de papier mâché peints, décorés de petits miroirs, de photos, de lumières, de plumes et d’autres détails. Ils contiennent des reliques d’êtres chers décédés et ont tous une taille d’environ 22 x 25 cm.

2014:​ Kaléidoscope Memories

Comment parler de la mort ? Comment imaginer une chose que l’on ne peut imaginer ? En 2014, l’artiste argentine Barbara Echevarría fera de Kaléidoscope Memories une installation et une performance qui offrent chacune une vision intime des rituels et des histoires qui traitent de la perte. Quatre artistes y participent : Sumeya Yaman, Melek Arslan, Lorenzo De Brabandere et Ismail L’hamiti. Le cinéaste Alex Cordova met en lumière leur processus. Pendant l’installation, les vidéos sont diffusées sur des écrans.
Cette année, l’autel traditionnel mexicain est un Altar del Guerrero, qui reprend des éléments typiques de l’état de Mexico, composé par Jeanette Rojas Dib et Natalia Velazco Placencia. Outre de nombreuses reliques, 3.500 fleurs artisanales ornent cet autel. Tant l’Altaar van Antwerpen que l’autel traditionnel sont liés aux performances. L’une est interprétée par Bárbara Echevarría, l’autre par Los Diablos del Cerro de las Tablas, groupe de performance du Guerrero. Le pavillon Umicore du MAS présente une exposition intitulée ‘ L’argent mexicain du Taxco’. Au cours du vernissage, une délégation d’Anversois du Mexique a lu un manifeste au sujet de la disparition d’étudiants à Ayotzinapa.
° Vingt cristaux de formes variées, allant de 2 à 6 cm.
° Vidéo Kaléidoscope Memories. 11 minutes en boucle

2015: Atout de volatilité

En 2015, le caractère volatile du street art fait la une, sous l’appellation ‘MURAL, la pared como un lienzo – MURAL, le mur pour toile’. Les artistes contemporains anversois se réfèrent au street art mexicain et l’œuvre du peintre muraliste mexicain Diego Rivera (1886-1957) en occupe le centre. L’Arenberg, De Studio, wpZimmer, KVS, ’t Arsenaal, KOP et Spoorwegen Luchtbal sont les partenaires de ce projet. L’artiste Bart Boudewijns, alias SMOK, érige un portrait de Diego Rivera. Elizabeth Carrazco et Alex Cordova réalisent un travail sur le meurtre des étudiants d’Ayotzinapa.

° Deux tableaux. Diverses techniques sur bois (peinture acrylique, peinture à l’huile, graffiti, carton). 180 x 180 cm

2016 : MAPping – notre mémoire cartographiée

La ville n’existe pas, elle est un mélange de lieux, un dépôt de souvenirs et le décor des actions de ses habitants. Tous ensemble, nous sapons ses frontières. En 2016, MAPping était le thème de l’Altaar van Antwerpen. Les artistes et le public dessinent leur parcours de vie dans la ville. Ils rapportent des histoires sur la perte, histoires cartographiées par l’artiste Lucila Guichón. Younes van den Broeck (alias Spitler) et Yentl De Werdt réalisent une performance, Jelle Jespers réalise la publication de ‘MAPping Antwerpen’. Le jour du vernissage, le public a ajouté son propre parcours à l’Altaar.

° Livre d’objets avec folios transparents et histoires sur la perte dans la ville d’Anvers, par le rapper Spitler et la danseuse Yentl De Werdt. 25 x 25 cm
° Livre d’objets avec folios transparents par le créateur Jelle Jespers et Mestizo Arts Platform. 25 x 25 cm

2017: ​Stop the Time

Pouvons-nous arrêter le temps ? Avec Stop the Time, Joana Rossi présente le temps comme quelque chose de tangible que nous perdons constamment. Mais le perdons-nous vraiment ? Pouvons-nous revenir au temps qui s’est arrêté ? Et sera-t-il toujours le même ? Une chose est sûre : tout ce qui est perdu reste imprimé dans les souvenirs et les actions comme une empreinte silencieuse. En 2017, l’installation consiste en une sélection de bouteilles remplies de fleurs sauvages sur une eau forte. Les bouteilles accueillent les objets de leurs précieux proches décédés que les Anversois apportent au MAS. L’année suivante, Aimée Zito Lema présente une installation photo avec ces objets dans le rôle principal.

° 5 bouteilles en verre avec des fleurs sauvages sur une eau forte, signées des initiales de l’auteur. À côté des petits pots, l’on peut voir des portraits des êtres chers. Dimensions entre 5 et 20 cm

2018: Souvenirs de mémoire

En 2018, Aimée Zito Lema construit, avec les objets amenés par les Anversois en 2017, une installation basée sur des photos des objets et de leurs histoires. L’installation se trouve à l’expo Feest! du MAS. Les photos sont incluses dans l’Altaar van Antwerpen. Rojo Cordova, un poète Slam de la ville de Mexico, travaillera trois mois sur le projet The Belgian Link, dans lequel il compare Bruxelles à la ville de Mexico. Sa recherche se termine sur une performance ‘psychomagique’ dans le KVS de Bruxelles. Au MAS, il rapporte un poème sur Jesus Malverde, un personnage de la mythologie mexicaine contemporaine. Pour renforcer ses mots et sa performance, Rojo utilise un mégaphone.

° 8 photos estampillées sur toile, entre 1 et 2 mètres de haut
° Mégaphone et poème de Rojo Cordova

2019: Photobox

En 2019, le photographe Cuauhtémoc Garmendia ajoute à l’Altaar van Antwerpen, une photo de Ricardo en tant que symbole des défenseurs des droits des personnes dans le monde qui ont été victimes de violence. Une exposition similaire sur le Día de los Muertos dans la bibliothèque de Permeke montre des photos sur la perte. Lucila Guichón et Gerardo Salinas ont créé un concept interactif pour l’Altaar : les visiteurs ont l’opportunité de faire une photo d’eux-mêmes dans un photomaton. À l’arrière, ils décrivent un sentiment, un moment, un objet ou une personne qu’ils voudraient rappeler. Les photographies arrivent dans une Boîte à Objets qui appartiendra désormais à l’Altaar van Antwerpen. Lucila anime également un atelier pour enfants qui « créent des masques rituels » pour évoquer les pouvoirs des animaux, des dieux ou de la nature. Les photos des enfants masqués sont aussi placées dans la boîte.

° Photo numérique couleur de Cuauhtémoc Garmendia avec texte d’accompagnement. Différents formats
° Boîte d’objets avec lumière, miroirs et rubans de papier collant remplie de portraits et de textes qui évoquent les personnes décédées. 35 x 25 x 25 cm

2020 : A PLAYLIST

Certaines chansons nous ramènent à un moment passé de notre vie. Elles construisent un pont vers nos souvenirs et nos sentiments. Gerardo Salinas, Lucila Guichón et Joana Rossi ont créé pour l’Altaar van Antwerpen A PLAYLIST: la bande sonore de la ville. Cette liste se compose de chansons liées à un moment, une personne ou un sentiment du passé des Anversois qu’ils veulent faire ressurgir. La liste de lecture se complétera au fur et à mesure des années. L’Altaar van Antwerpen contient l’ALTARPHONE, un objet qui agit comme une passerelle vers la liste de lecture, ainsi qu’une chanson ajoutée à la liste. Gerardo Salinas et les artistes Gea Zazil, Joana Rossi, Juan Carlos Bonifaz, Lucila Guichón et Javier Perugachi font une visite guidée performative.

° ALTARPHONE : objet assemblé ; haut-parleur et archivage avec QR-code comme port vers la liste de lecture.
° Vidéo d’artistes anversois qui ont apporté leur contribution à la liste de lecture.

Texte: Mestizo Arts Platform en collaboration avec Arkasha Keysers

Photos: Lucila Guichón, MAS, Lieven Symaeys (photo ROJO), Cuauthémoc Garmendia, Elizabeth Carrasco, Tine de Pourcq

Lay-out design: Rein Vyncke

En remerciant: Israel Alonso, Aldo Aranda, Arenberg, Melek Arslan, Ken Bergers, Luisa Bernal, Ken Bernal, Barbara Bervoets, Bibliotheek Permeke, Vincent Boele, Bart Boudewijns aka SMOK, Juan Carlos Bonifaz, Martha Carmona, Elizabeth Carrazco, Centro de Estudios Mexicanos (CEM) de la Universidad de Amberes, Alex Cordova, Rojo Cordova, Lorenzo De Brabandere, Sandra Delgadillo, Lorena Iglesias, Rocío Del Moral, De Studio, Yentl De Werdt, Bárbara Echevarría, Rocío Forero, Cuauhtémoc Garmendia, Jasper Jeensma, Jelle Jesper, KOP, KVS, Los Diablos del Cerro de las Tablas, Ismail L’hamiti, Patricia López, Valeria López, Ivan Moiseeff, Mundana, Nele Paelinck, Cathy Pelgrims, Javier Perugachi, Jeanette Rojas Dib, Sylvia Reyes, Yulma Serrano, Roman Santos, Delphine Somers, Younes Vandenbroeck, Natalia Velazco Placencia, Gaby van den Abeele, Tammy Wille, Lieve Willekens, wpZimmer, Sumeya Yaman, Zilvermuseum Provincie Antwerpen, Aimée Zito Lema et bien d’autres.